Extrait José Van Dam.

José van Dam est profondément différent au premier regard. Vous reportez votre attention sur cet homme en tous points charmant. Réservé, traits réguliers, clarté azurée des yeux, sourire bienveillant ; il paraît observer le monde avec un certain détachement qui fait dire à certains qu’il est froid et a une haute estime de lui-même. Pour l’heure il est absorbé dans la lecture de la carte, nulle hâte, il la parcourt consciencieusement avant d’arrêter son choix. Professionnel jusque dans ses préférences culinaires.

Vous admirez José van Dam depuis fort longtemps il ne vous a jamais déçue. Lorsque quelquefois la fatigue ou une méforme passagère rendent ses prestations moins extraordinaires ; elles restent pour vous dignes d’éloges et d’intérêt. Les rares  petites défaillances que vous avez remarquées, vous les lui pardonnez d’autant plus volontiers que même dans les jours où il n’est pas au sommet de ses possibilités ; il apporte à ses rôles une part d’humanité si palpable qu’elle vous laisse stupéfaite.

Brosser son portrait vous obligera à faire appel à l’art subtil, non pas de l’école flamande comme on pourrait l’imaginer connaissant ses origines, mais à celui infiniment délicat d’un des plus grands peintres – aquarellistes de son temps : William Turner.

Le précurseur des impressionnistes comme on aime à définir l’artiste britannique avec ses fondus, son approche de la lumière, le romantisme de ses compositions brumeuses s’accordent bien à la personnalité de l’artiste lyrique qui avoue une vive inclination pour ses toiles. Le peintre esquisse une atmosphère grâce à ses couleurs étalées par masses fluides et transparentes ; transcription de la réalité plus que représentation ; permettant à l’amateur d’imaginer ce qu’il veut dans le tableau qu’il admire ; tout comme ce chanteur en scène suggère par quelques mimiques, des mouvements étudiés et sobres l’état d’esprit de ses personnages, ne surlignant jamais exagérément les traits.

Les vues de Turner où les formes se dissolvent au profit d’une lumière diaphane, vibrante, seront les plus appropriées pour rendre au mieux Joseph van Damme…

Homme du Nord il partage avec ses concitoyens une réserve légendaire, sa courtoisie exemplaire n’est jamais prise en défaut. Il rechigne à se dévoiler et ne le fait qu’avec une extrême pudeur, préférant observer l’autre. Il n’aime guère parler de lui et s’étonne encore d’intéresser autrui. Sa modestie et sa timidité naturelle que cinquante ans d’une fabuleuse carrière auraient pu réduire à néant ne se démentent jamais. Il répugne à se faire appeler Monsieur le baron, titre par lequel sa Majesté Albert II  a voulu l’honorer pour avoir contribué au rayonnement de son pays.