Un Château en Gévaudan Tome 5
Extraits
Extrait Tome-5
Le comte déplia très précautionneusement le papier fripé que
venait de lui remettre Fortunat de la part de son fils aîné, Guillaume-Olric, dont il était sans nouvelles depuis des années.
L’écriture qu’il y découvrit en était presque illisible tant elle
avait été gribouillée à la hâte et maltraitée par les vicissitudes du
long voyage, mais il parvint néanmoins à déchiffrer cette phrase
énigmatique :
« Happé par le tourbillon de l’Histoire, il me faut suivre sans
tarder le marchand d’espérance. Guillolric »
─ Et qui est donc ce marchand d’espérance ? demanda-t-il à
Fortunat.
Mais Fortunat l’ignorait.

Le comte aurait eu mille-et-une questions à poser à Fortunat et chacune d’elles lui brûlait les lèvres comme fer rougi à blanc tant il avait grande hâte de savoir ce qu’était devenu son fils ! Et si quelqu’un semblait en mesure de lui fournir quelque information sur son ‘grand’, c’était bien Fortunat ! N’était-ce pas avec lui, qu’à l’automne 1793, son aîné avait pris la route pour Toulon avec la ferme intention d’y soutenir les habitants de la ville en révolte contre l’infernal régime de Terreur imposé par les Jacobins venus de Paris ? Mais, rien qu’à constater l’état de grande faiblesse du jeune Fortunat qui s’accrochait de plus en plus fermement à la grille de crainte de défaillir, Montalcy devina que ce dernier avait d’abord un urgent besoin de se restaurer et de se reposer. De se laver aussi ! Sans plus attendre, il lui fit donc signe de le suivre. Extrait Tome-5 Déjà, dans la cheminée, le feu donnait de belles et fascinantes flammes qui crépitaient joyeusement et dégageaient tant de chaleur que les deux hommes durent s’en éloigner. Mais plus que la danse tournoyante des flammes, c’était le récit de Fortunat qui captivait Pierre-Olric de Montalcy. « Et après, que s’est-il passé ? demanda-t-il à son jeune interlocuteur qui venait de placer une grille protectrice devant l’âtre afin d’éviter la projection de brandons parfois fort dangereux. ─ A Malte, Guillaume et moi, on a embarqué sur la frégate qu’on nous avait désignée : La Sérieuse. Après tout, La Sérieuse ou un autre navire, on s’en moquait. On était contents d’être ensemble. On s’sent toujours plus fort avec un ami ! « Les bateaux ont levé l’ancre le 18 juin. Nous – d’après les cartes qu’Guillaume avait étudiées et qu’il connaissait par coeur au point d’pouvoir les dessiner d’mémoire – on pensait remonter nord-nord-ouest, vers l’Italie ou vers la France. Mais, sitôt passées quelques lieues, inutile d’être grand amiral pour s’rendre compte qu’on filait droit vers l’est. Mais où nous emmenait-on comme ça ? J’ai dit à Guillaume qu’j’allais demander aux autres… Beaucoup d’marins n’savaient pas très bien non plus où on allait. Certains avaient su mais n’se souvenaient plus ! Enfin, j’ai fini par apprendre qu’on s’dirigeait droit vers l’Egypte. « L’Egypte ? J’n’avais jamais entendu parler de ç’pays. Lui, Guillaume m’a dit dans un murmure qu’il pouvait m’raconter plein d’choses très anciennes sur l’Egypte, mais qu’à vrai dire, pour l’heure, il s’sentait incapable d’m’raconter tout ça, vu qu’encore une fois, comme à chacune d’ses sorties en mer, il passait l’plus clair d’son temps, appuyé sur l’bastingage, à nourrir tous les poissons du coin ! Aïe, peuchère ! « En fait, avec Guillaume ç’t’histoire d’Egypte nous inquiétait beaucoup… ! C’est qu’d’après l’peu qu’avait pu m’expliquer Guillaume, l’Egypte s’trouvait d’l’autre côté d’la Méditerranée