Gilbert Bécaud
L'UN D'ENTRE EUX INVENTA LA MORT
Paroles: Pierre Delanoë, musique: Gilbert Bécaud


Il y a des millions d'années,
Il y a des millions d'années,
Quand le diable n'était pas né,
Quand le diable n'était pas né,
Tous les hommes étaient immortels.
Mais l'un d'entre eux, qui était plus fort,
L'un d'entre eux inventa la mort.

Ce fut une révolution.
Jusque-là, les filles étaient belles.
On ne se battait pas pour elles.
On ne se battait pas pour elles.
Jusque-là, les hommes étaient forts
Mais l'un d'entre eux qui était plus fort,
L'un d'entre eux inventa la mort.

Et l'on vit les cheveux blanchir,
Et l'on vit les dos se courber,
Et l'on vit la vie s'envoler
Et l'on vit la vie s'envoler
Des cœurs, des âmes et des corps,
Mais l'un d'entre eux qui était plus fort,
L'un d'entre eux inventa la mort.

Alors lui, le petit malin,
Devint le Dieu, le souverain.
Il régnait comme un vrai tyran
Il régnait comme un vrai tyran
Sur la pluie et sur le beau temps,
Sur la pluie et sur le vent du Nord.
Il avait inventé la mort.
Il avait inventé la mort.

Il avait inventé l'enfer,
Les voleurs et les assassins,
La pneumonie et le cancer,
La pneumonie et le cancer,
La guerre et les conquistadors.
Il était vraiment le plus fort.
Il avait inventé la mort.
Il avait inventé la mort.

Il restait quand même l'amour.
Pour les hommes, c'était l'opium.
Ils s'aimaient tant qu'ils le pouvaient,
Ils s'aimaient tant qu'ils le pouvaient,
Puis un jour ils se détestaient
Et l'amour devenait la mort.
Et l'amour devenait la mort.

Ils mouraient de n'importe quoi,
De misère, d'un bobo au doigt,
En marchant, volant ou nageant,
En marchant, volant ou nageant,
Dans un lit, dans un guet-apens.
Ils étaient condamnés à mort.
Ils étaient condamnés à mort.

Pour se concilier les faveurs
De l'impitoyable seigneur
On brûla quelques inventeurs,
On brûla quelques inventeurs,
Des poètes et que sais-je encore,
Mais la mort demeurait la mort.
Mais la mort demeurait la mort.

De l'encens, des cierges et des fleurs
Pour faire plaisir à leur Seigneur,
Pour faire plaisir à leur Seigneur,
Des Credo, des Confiteor,
Des Pater et que sais-je encore,
Mais la mort demeurait la mort.
Mais la mort demeurait la mort.

Alors les hommes se sont dit:
"Que peut-on attendre de lui?
Que peut-on attendre de lui?
Il faudra travailler longtemps,
Il faudra travailler longtemps,
Peut-être pendant cent mille ans,
Peut-être plus longtemps encore.
Peut-être plus longtemps encore."

Alors les hommes
Ont pris un coeur qui ne battait plus
Et puis
Lui ont redonné la vie que l'on croyait perdue.
Les hommes
Ont visité les planètes une à une.
D'abord
La vieille Lune et Mars et Jupiter et Neptune.
Les hommes
Se sont envolés droit vers les étoiles
Et puis
Sont revenus tout raconter dans leurs cathédrales.
Les hommes,
Après avoir longtemps, longtemps cherché,
Enfin
Ont découvert le secret de
L'immortalité.

Fous de joie d'avoir découvert
Le grand secret de l'Univers,
Ils ont mis leurs plus beaux habits
Ils ont mis leurs plus beaux habits
Et sont partis vers celui qui
Et sont partis vers celui qui
Leur avait inventé la mort.
Leur avait inventé la mort.

Ils avaient vraiment bonne mine
Là-haut dans leurs super machines,
Mais en arrivant au Palais
Mais en arrivant au Palais
Ils avaient les mains qui tremblaient
Et le cœur qui battait très fort.
Et le cœur qui battait très fort.

Une grande porte s'ouvrit
Et puis d'autres à l'infini.
Ils suivirent de longs couloirs.
Ils suivirent de longs couloirs.
Un huissier en costume noir
Leur dit: "Messieurs vous venez tard, vous venez tard.
Depuis ce matin à l'aurore
Depuis ce matin à l'aurore
Dieu est mort.
Dieu est mort."